lenferdejeanparapluie

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La petite église du village

Et donc notre pharmacienne se dandinait lentement sur la verge en feu du saint homme, qui jamais n'aurait osé imaginer qu'aventure pareille pût lui arriver. Dire qu'il était     aux anges serait blasphème, je m'en abstiendrai donc. Mais, tandis que son membre interdit se faisait caresser par le vagin avide de la belle dame Nortebert, tandis qu'il sentait en lui un sang inconnu monter de ses artères les plus profondes, tandis qu'il ne voyait même plus le visage sacré du Seigneur le regarder de son air doux et tendre, mais sévère et juste, la belle pharmacienne tanguait sur le mât épais et dur qu'elle sentait au fond de son ventre. Elle avait été mère déjà, mais jamais elle n'aurait cru pouvoir ressentir une telle impression de plénitude en elle !
Le pauvre homme, le saint homme, à la torture, une torture que même ses lointains prédécesseurs de la très sainte Inquisition n'auraient pas inventée, le saint homme, donc, voyait là, sous ses yeux, à quelques centimètres, si près qu'il en louchait même, sous le fin corsage de la belle, ses seins qui dansaient une sarabande infernale. Les sorcières au sabbat ne faisaient pas pire ! Comment résister ? Le pauvre homme se résolut à faire ce que son serment lui interdisait. Un à un, maladroitement, il défit les boutons du chemisier. Avidement, il tira les bonnets du soutien-gorge. Goulument, il téta les tétons de la belle cavalière. Celle-ci poussa de petits cris, surprise de découvrir un amant après le confident. Il aspirait les bouts de seins qui se tendaient vers ses lèvres affamées. Il lèchait, il aspirait, il suçait, il mordillait même, le bougre. La cavalière, loin d'être désarçonnée par cette attaque imprévue, se mit à sauter de plus belle sur sa monture (car, finalement, vulgairement parlé, on peut dire qu'il n'était pas si mal monté, ce saint homme !). Elle accélérait comme entraînée en un vertige, elle accélérait ses mouvements de bas en haut, de haut en bas sur le mât dressé de son amant. Ses seins ballottant en tous sens fouettaient amoureusement le visage du curé maintenant réellement défroqué. Car, entretemps, elle avait arraché, comme prise d'une rage incongrue en ce saint lieu, froc et soutane et le pauvre homme n'avait guère plus comme vêtement que chaussettes et tire-chaussettes !
Mademoiselle Nitouche, une sainte bigote, s'était là-dessus soigneusement signée de sa main furtivement trempée dans le bénitier. Absorbée dans sa prière quotidienne, elle n'avait d'abord pas remarqué le désordre inédit qui se produisait dans le confessionnal de droite. Mais bientôt, les cris étouffés de la belle, les râles brâmant du curé, les pieds et les jambes mi-nues qu'elle voyait dépasser du rideau et s'agiter de manière incompréhensible pour son esprit innocent, lui firent imaginer la pire des calamités, l'enfer et les ruses de Satan s'infligeant sur sa pauvre église. Alors, elle se tourna vers la Vierge, fit trois fois le signe de la Croix, et s'abîma dans une prière de pardon. Marie la regardait avec compassion et amour. La détresse de l'âme éperdue de mademoiselle Nitouche se lisait sur son visage, sur le tremblement de ses mains jointes, qui semblaient deux feuilles mortes attendant que le vent d'hiver les emporte. Un sourire vague et doux flottait sur les lèvres de Marie, qui tenait l'Enfant. Mais était-ce à celui-ci qu'elle souriait ? Je ne saurais le dire, son sourire semblait perdu dans une prière universelle d'amour infini. Etait-ce mademoiselle Nitouche qu'elle semblait regarder ? Ses yeux mi-clos voyaient aussi une lumière intérieure, un feu couvant en elle. Qu'entendaient ses oreilles cachées sous sa coiffe médiévale ? La prière de mademoiselle Nitouche ? Les râles du curé à l'agonie orgastique ? Les cris apeurés et réjouis de la pharmacienne ? Ou une lente rumeur monter en elle-même ? D'une main elle soutenait son Fils, de l'autre, lentement, elle faisait remonter l'ample robe qui la couvrait toute !
Mademoiselle Nitouche était bonne chrétienne et elle ne croyait pas aux miracles qui ne fussent avérés tels par les saintes autorités de l'Eglise. Pourtant, ses yeux ne la trompaient pas : la statue s'animait ! Comment la plus sainte de toutes serait-elle restée insensible à l'admirable chevauchée qui se produisait dans le confessionnal ? Comment serait-elle restée sourde aux chants enflammés que jamais aucune ferveur à la messe n'avait provoqués ? La jeune maman, libérant une de ses mains du sacré fardeau (oh le bébé ne lui pesait guère !) avait remonté sa robe, dévoilant ses jambes joliment galbées dans les bas de laine que les femmes portaient au Moyen-âge. En haut, ses blanches cuisses laissaient deviner sous ses doigts fins la peau lisse et la chair tendre de l'intérieur de son entrejambe. Mademoiselle Nitouche ne put étouffer un cri d'effroi lorsque, tels un papillon blanc, les doigts de la Vierge effleurèrent sa sainte toison d'or. Alors, notre dévote, n'y tenant plus, s'approcha de l'autel, se hissa sur la pointe des pieds et, adoration suprême, embrassa le pubis de la Vierge. Elle qui, de toute sa vie, n'avait jamais éprouvé que dégoût et répulsion pour les choses de la chair maudite, la voila qui se trouvait énamourée de la chatte de la jeune Mère. La Vierge regrettait son état. Comme elle aurait voulu connaître les joies qu'elle entendait la pharmacienne éprouver ! Mais sa main et le bouche de mademoiselle Nitouche lui en faisaient connaître d'autres qui l'emportaient en un tourbillon étrange vers un ciel plus haut encore que le Ciel peint au plafond de la chapelle.
Ce fut un concert étrange dans la petite église. Cris de femmes folles de désir et de plaisir, râles agonisants du curé enragé de luxure, car il voyait aussi, là derrière les seins et la bouche de sa belle cavalière, le beau postérieur de mademoiselle Nitouche adorant le ventre de la Vierge. Ce spectacle décuplait le feu qui animait sa verge endiablée que maintenant il projetait dans le ventre de la pharmacienne comme un sauvage n'aurait pas osé le faire ! Et la pauvre femme qui, pourtant, croyait avoir atteint le sommet de ce qu'une créature pouvait admettre comme joie, repartait aussitôt pour un autre sommet de plaisir. La transgression même de l'interdit semblait elle aussi transgressée. Les trois femmes se sentaient comme folles. Non pas possédées par le démon, comme jadis celles de Loudun, mais plutôt dépossédées, dépossédées des ceintures, dépossédées des liens des serments et des résolutions prises il y a longtemps. Elles s'envolaient dans des nuées nouvelles. Quant au curé, il retrouvait enfin celui qu'il avait rêvé d'être lorsque, gamin, pour la première fois, il avait dans son lit solitaire, éprouvé les affreux plaisirs de la chair.  



19/01/2015
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